sans autre distinction qu'un costume invisible
     
sans autre distinction qu'un costume invisible
Aucune ville, à ma connaissance, ne ressemble à Marseille. J’y suis arrivé après avoir passé un an au Mozambique. Marseille a fait la transition après Maputo. J’ai d’abord habité Noailles. J’entendais d’autres langues que la mienne le matin au marché, dans les rues fourmillantes, en bas des lampadaires où des marchands à la sauvette vendaient des Nike ou des Adidas (des imitations). Puis j’ai continué vers d’autres quartier, les années suivantes, dans différents endroits du centre-ville. La Canebière, le soir, se rapproche plus d’une ruche que d’une avenue. Tout le monde est là, dans un flot sans fond, glissant dans l’air tendre du printemps ou d’un début d’été. Tout est là, la violence, l’étrangeté, la douleur et la beauté. Tout est là sans discontinuité, sans séparation d’avec le reste (mais quel reste ?), tout coule dans un flot épais, sale et charnel. On tombe amoureux. On pleure. On aime. On hait. Tout est là, ramassé sur quelques kilomètres carrés, avec la mer aussi, ses odeurs, et les soirs d’insomnies, les fenêtres grandes ouvertes, vous et moi on peut entendre les cris des mouettes, musique ou chaos, on ne saura jamais.
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